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Une convention avec “Colosse aux pieds d’argile”

"Une convention de partenariat voit le jour"

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06/07/2021

Prévention des violences sexuelles : un partenariat sur le long terme
Sous l’impulsion du ministère des sports, la FFSA met en place un ambitieux plan de prévention et de lutte contre les violences sexuelles qui comprend de la sensibilisation, de la formation, une charte éthique et une cellule de signalement ainsi que la mise en place d’un réseau de référents locaux. La FFSA s’est rapprochée pour cela de l’association Colosse aux pieds d’argile, avec qui elle a officiellement signé une convention de partenariat le 2 juillet à Vichy.

Dans la lignée des hashtags balancetonporc et metoo, la patineuse Sarah Abitbol accusait début 2020 dans son livre son ex-entraîneur de viol et d’agression sexuelle au début des années 90. Ces révélations ont eu l’effet d’une bombe dans le milieu sportif et en ont amené d’autres, éclaboussant au passage plusieurs fédérations. Devant l’ampleur du scandale et sa médiatisation, le ministère des sports – après avoir contraint à la démission, à cause de son inaction, le président de la Fédération française des sports de glace – a demandé aux fédérations de se responsabiliser et de mettre en place des plans de prévention et de lutte contre les violences sexuelles. 

La FFSA et l'association "Colosse aux pieds d'argile" réunies pour les début d'un beau partenariat.

« S’agissant d’un chantier prioritaire du ministère, il ne suffit pas de déclarer que l’on fait un plan, il faut en faire la démonstration, explique Patrick Bidot responsable de Trans’FormationC’est pourquoi nous avons été rapidement chargés, la CTN Laurence Jouclas et moi, par le président Marc Truffaut et la DTN Marie-Paule Fernez de voir ce qu’il était possible de faire. Nous avons alors beaucoup échangé avec Martine Bellemin – psychologue du pôle France de cyclisme et experte auprès des tribunaux au sujet des violences sexuelles – et avons décidé dès le second semestre 2020 de nous rapprocher de Colosse aux pieds d’argile [cf. Encadré] – une association reconnue par le ministère et qui travaille déjà avec de nombreuses fédérations sportives – afin de bénéficier de leur expertise et de leurs ressources juridiques. »

Laurence et Patrick ont alors suivi le 1er décembre 2020 une formation, organisée par la DRJSCS d’Île-de-France et animée par Simon Latournerie de Colosse aux pieds d’argile. Début décembre 2020 lors d’un webinaire, organisé en lieu et place du rassemblement des élus des ligues, Simon proposait une sensibilisation d’environ 3 heures à l’ensemble des participants. 

Suite à cette première approche réussie, une convention de partenariat avec l’association a été finalisée fin février 2021. 

Aucun sport, aucune fédération n’est épargnée

« La très grande majorité des cas de violences sexuelles ont lieu dans le cadre intrafamilial et le milieu sportif, dont le corps constitue bien souvent l’objet premier, apparaît alors comme une pratique à risque. Aussi, la fédération ne peut ignorer que son public est tout aussi, sinon davantage, vulnérable qu’un autre du fait de ses caractéristiques singulières, explique Simon LatournerieCela concerne aussi bien les mineurs que les majeurs du fait d’une vulnérabilité intrinsèque à leur handicap. De plus, être une femme expose encore davantage à ce risque, ainsi 88 % des femmes avec handicap, tous handicaps confondus, ont rencontré une fois dans leur vie une situation de violence sexuelle. C’est pourquoi il était important que la FFSA s’approprie ce sujet et se mobilise. »

« Nous n’en sommes qu’au tout début de la prise en compte de ces problèmes au Sport Adapté, nous avons donc aucun recul, poursuit Laurence JouclasMais un premier bilan du ministère des sports de mai 2021 fait état de plus de 400 affaires dans le milieu sportif ; il s’agit donc bien d’un phénomène sociétal et prégnant dans le champ du sport. La FFSA étant une fédération comme les autres, il n’y a aucune raison pour que ce genre de problème nous épargne. Et même si à ce stade nous n’imaginons pas avoir beaucoup de plaintes, quand nous en aurons, nous devrons être en capacité de les traiter et de recueillir la parole de nos sportifs. »

La Fédération est responsable de ce qui se passe dans son champ d’activité et toute affaire dont l’un de ses membres aurait été témoin, directement ou par témoignage, doit être signalée afin qu’une procédure soit engagée. C’est donc un enjeu juridique mais aussi éthique pour la fédération car comme le rappelle Patrick Bidot : « Nous avons une responsabilité vis-à-vis de l’ensemble des acteurs et ce d’autant plus que comme nous l’écrivons partout : “dans le champ du Sport Adapté ce qui est important c’est de préserver l’intégrité physique mais aussi psychique et affective des personnes en situation de handicap” ».

Il ne s’agit pas de signer une convention de partenariat afin d’obtenir un blanc-seing vis-à-vis du ministère : « Pour la FFSA, comme pour Colosse aux pieds d’argile, cette collaboration n’est exemplaire que si un réel travail est mis en place, poursuit Patrick Bidot. Nous sommes dans cette dynamique-là et le travail est engagé. »

Un programme d’envergure

La fédération va rédiger une charte éthique, sensibiliser les licenciés, et former les acteurs du Sport Adapté à tous les échelons : dirigeants, CTN, CTF, staffs des pôles France Sport Adapté et éducateurs sportifs. Une cellule fédérale de signalement sera également créée. Ce lieu d’écoute – permettant de recueillir témoignages et dénonciations, mais aussi d’informer sur les dispositifs d’alerte et de rappeler l’attitude à adopter dans ces circonstances – disposera d’une plateforme avec une page Internet dédiée.

Pour mettre en place ce programme, la fédération est accompagnée par Colosse aux pieds d’argile, car l’association possède une expérience et des connaissances juridiques qui nous font pour l’instant défaut. « Nous bénéficions du soutien de l’association car pour nous c’est nouveau et complexe : il s’agit à la fois de connaître les infractions, de les prévenir, d’écouter les victimes, de recueillir leur parole, mais aussi de les accompagner psychologiquement et juridiquement », souligne Laurence Jouclas.

Formation des acteurs du Sport Adapté

Le premier gros volet du programme concerne donc la formation. C’est d’ailleurs la première fois que la FFSA met en place une programmation pluriannuelle : la formation des différents acteurs du Sport Adapté est ainsi prévue chaque année jusqu’en 2024.

Le premier volet de formation, prévu sur le second semestre 2021, est destiné l’ensemble des acteurs du haut niveau. Il sera suivi d’un second volet à destination des CTF. Prévue en 2022, cette session devrait – comme cela se fait souvent – se tenir lors de la semaine fédérale ; elle permettra d’échanger avec les CTF et de travailler avec eux la question des violences sexuelles au regard de la spécificité du public Sport Adapté. « De nombreuses questions se posent : qu’est-ce que recueillir la parole d’une personne en situation de handicap qui serait victime ou agresseur ? Quel sens donnent-ils au consentement, précise Patrick Bidot. Certains publics parlent peu, voire pas ; comment fait-on alors pour recueillir leur témoignage ? Pour certains le rapport à soi étant déjà complexe et le rapport à l’autre pas évident, sont-ils en capacité d’intégrer la loi ? Tout ceci nécessite d’entamer un véritable travail de réflexion. » 

De son côté la FFSA proposera une formation au personnel de l’association Colosse aux pieds d’argile afin qu’ils acquièrent une connaissance plus fine des spécificités de notre public, ce qui leur permettra de mieux nous accompagner en mettant en place des adaptations à notre public et à la problématique du signalement.

Créer un réseau de référents

Outre l’élue référente Marie-José Lallart, la fédération dispose de deux interlocutrices nationales : la DTN Marie-Paule Fernez en ce qui concerne le contrôle de l’honorabilité et la CTN Laurence Jouclas pour les actions de prévention et de formation. « De plus des interlocuteurs locaux, c’est-à-dire régionaux et vraisemblablement départementaux, devraient bientôt être désignés afin que, sur l’ensemble du territoire, nous puissions recueillir la parole, écouter, orienter et prévenir », explique Laurence Jouclas. Les comités et les ligues vont donc être amenés prochainement à désigner un référent pour faire le lien entre le niveau local et national. À priori ce seront plutôt des CTF ou des élus, voire des éducateurs sportifs avec qui les sportifs sont en relation dans les établissements médico-sociaux. Dans le cadre des groupes France, le traitement des signalements se fera directement au niveau national.

« Il s’agit d’un sujet assez complexe et travailler avec Colosse aux pieds d’argile, s’il y avait les affaires qui remontaient, nous permettrait de nous appuyer sur les ressources et les compétences, notamment juridique, de l’association pour savoir ce qu’il faut faire », souligne Patrick Bidot. 

« Un encadrant peut se retrouver en posture de recevoir les révélations d’une personne qui a été violentée, et la loi lui impose de le déclarer aux autorités compétentes ; c’est un délit de ne pas le faire, précise Simon Latournerie. Il est cependant vrai que le sujet étant complexe il n’est pas toujours facile de savoir quoi faire, c’est pour cela qu’en cas de doute comme de révélations, les membres de Colosse aux pieds d’argile sont-là pour conseiller et accompagner dans les démarches. Nous distribuons également un guide à destination de l’encadrant dans lequel on retrouve le rappel de la loi, les coordonnées des personnes ressources au sein de l’association, ainsi que les numéros utiles en cas de problème. »

En plus des prédateurs sexuels, il peut aussi y avoir des violences sexuelles exercées entre pairs au sein des établissements médico-sociaux. Une partie de la complexité provient du fait que ce public peut avoir du mal à exprimer son consentement ou son non consentement. « Les professionnels qui les encadrent ont une connaissance fine du public mais cela ne change pas le fait qu’il peut être difficile de déceler des changements de comportement qui indiqueraient qu’il y a un problèmecompliqué également de recueillir la parole, concède Simon Latournerie. De plus certains comportements qui seraient automatiquement rapportés pour des valides ne le seront pas forcément pour des publics handicapés. Où s’arrête le curseur ? Que fait-on et que ne fait-on pas remonter ? C’est pour ces raisons que nous allons élaborer ensemble une grille de lecture qui soit un outil au service des encadrants du public Sport Adapté. Le sujet est complexe, heureusement nous inscrivons notre démarche dans la durée via un plan pluriannuel qui nous engage jusqu’aux Jeux paralympiques de 2024. Tous les ans nous ferons un point et adapterons nos actions en conséquence. »

COLOSSE AUX PIEDS D’ARGILE
L’association est née de l’histoire de Sébastien Boueilh, ancien rugbyman, qui fut victime d’un pédophile de ses 12 à 16 ans. Après de très longues années de silence et suite au procès de son agresseur, Sébastien a décidé en 2013 de créer Colosse aux pieds d’argile afin de prévenir et de sensibiliser tous les acteurs du mouvement sportif et éducatif aux violences sexuelles.
Reconnue d’utilité publique en novembre 2020, l’association sensibilise aux risques de violences sexuelles, de bizutage et de harcèlement, forme les professionnels encadrant les enfants, aide à libérer la parole des sportifs, accompagne et aide les victimes.
L’association continue de s’agrandir et de recruter afin de couvrir l’ensemble du territoire : elle dispose actuellement de 8 antennes territoriales et accompagne près de 40 fédérations sportives. 

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